Le ciment naturel « Prompt »

Le ciment prompt naturel, C.N.P., est un liant hydraulique naturel car il est fabriqué à partir d’une seule matière première.
Il résulte de la simple cuisson entre 500° et 1200°C d’un calcaire argileux de composition régulière,
extrait de bancs homogènes, suivi d’un broyage très fin.
C’est un liant à prise et durcissement rapides.
Un seul ciment prompt naturel est aujourd’hui fabriqué industriellement,
c’est celui du groupe Vicat dans la région de Grenoble.

Cahier technique Vicat (format Pdf, 340 ko).

Utilisation du ciment prompt naturel en mélange avec les chaux hydrauliques naturelles.

Ce cahier technique sur les mélanges chaux-ciment prompt naturel démontre que l’adjonction de 25 à 30 % de ciment prompt, en volume, permet à la chaux de garder toutes ses caractéristiques techniques de perméance et souplesse tout en donnant une prise plus rapide.
Ceci permet donc un gain de temps appréciable pour la mise en œuvre et la superposition des couches d’enduits (rebouchage des joints, gobetis, corps d’enduit).

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Les ciments naturels , toute une histoire!

Par Isabelle Pallot-Frossard, Directeur du Laboratoire de recherche des Monuments historiques.

Les termes accolés de « ciment » et de « naturel » peuvent surprendre un lecteur non averti, pour lequel le ciment est un matériau industriel moderne qui n’a rien à voir avec la nature, qu’il est souvent réputé défigurer. Cependant le mariage n’est pas si incongru : s’il s’agit bien d’un matériau industriel, il est aussi issu d’une pierre naturelle qui lui livre ses propriétés de prise rapide ou de résistance mécanique et sa belle couleur « chamois ».

Non seulement il mérite son appellation, mais en outre, loin de faire outrage aux paysages naturels, il a pu être utilisé dans le passé pour les embellir, en prêtant ses qualités à de nombreuses constructions du 19e siècle dans de nombreux pays d’Europe, aux styles aussi divers que ceux de la Casamaures à Saint-Martin-le-Vinoux, d’inspiration hispano-mauresque, a la galerie Victor-Emmanuel II à Milan ou des villas néo-balzaciennes anglaises, qui puisent leurs sources dans la Renaissance italienne ou encore des églises de la région Grenoble qui font référence au Moyen-âge roman et gothique.

Souple d’emploi, peu onéreux et résistant, c’est un peu le matériau miracle du 19e siècle, qui s’adapte aisément aux volontés décoratives des constructeurs.

L’ouvrage que nous vous présentons fait un panorama très complet de l’histoire des ciments naturels, que l’on se doit de mettre au pluriel, car leur composition varie en fonction de la carrière dont les pierres qui servent à leur fabrication sont extraites.

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La découverte fondamentale de Louis Vicat :
le principe de l’hydraulicité des chaux et ciments

Au début du 19e siècle, le développement des moyens de communication tels que voies, ponts, phares ou canaux, et de défense comme les forts et les remparts, imposèrent de trouver de nouveaux moyens constructifs et de nouveaux matériaux de construction. Les travaux fondateurs sont ceux du Français Louis-Joseph Vicat (1786-1861), polytechnicien et ingénieur de l’école des ponts et chaussées qui prouva que l’hydraulicité (propriété des liants de durcir sous l’eau) des chaux venait de l’argile contenue dans le calcaire de départ et publia sa méthode en 1817 dans les Annales de Chimie.

En 1817, Louis Vicat développait donc pour la première fois la théorie de l’hydraulicité et la démontrait scientifiquement. En utilisant le rapport argile/chaux, il définit là l’indice « d’hydraulicité », ce qui lui permit de classer les chaux et ciments naturels : chaux grasses, chaux hydrauliques, chaux éminemment hydrauliques, chaux limites ou ciments naturels.

Maître des proportions, il donna à ses produits le degré d’énergie désiré et inventa le ciment artificiel en reconstituant des mélanges de chaux et d’argile.

En 1818, Vicat résuma ses découvertes dans son ouvrage « Recherches expérimentales sur les chaux de construction, les Bétons et les mortiers ordinaires », et put expliquer son principe des liants hydrauliques artificiels devant l’Académie des sciences. Le jury présidé par messieurs Girard, de Prony et Gay-Lussac valida ses travaux et les officialisa.

Nommé responsable de la construction du pont de Souillac (Dordogne) en 1812, Louis Vicat peut construire cet ouvrage réputé impossible, tant les eaux de la Dordogne sont violentes et son lit mouvant. Vicat reprend toutes ses observations et à la suite d’expériences méthodiques fait un travail remarquable : il mélange une chaux réduite en poudre à de l’argile, les fait cuire, les éteint en pâte et constate que le mélange fait prise sous l’eau après quelques jours.

Dès lors, il est autorisé par le Conseil des ponts et chaussées à employer de la chaux hydraulique artificielle, et toute une pile du Pont de Souillac est réalisée en 1822.

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L’engouement pour les pierres factices en France et en Italie

La rapidité et la force de la prise des meilleurs ciments prompts naturels permirent d’engager les esprits novateurs à utiliser des pierres factices. Dans la région de Vases de Pouilly et de Grenoble, le ciment prompt moulé remplaçait à raison toutes les formes de pierres : « Il est employé avec le plus grand succès pour la construction des conduites d’eau sans le secours de tuyaux de plomb. [.] Sa grande adhérence aux matériaux de construction le rend précieux pour les constructions […] On peut l’employer à la décoration des bâtiments ainsi qu’à la réparation des édifices que le temps a dégradés ; le couler pour faire des vases, des bas-reliefs et des statues ».

On trouvait toutes sortes d’éléments moulés : conduites d’eau symbole de modernité et d’hygiène dans les villes, éléments de jardins comme des vasques, des statues fabriquées en série.

Il reste aujourd’hui des exemples extraordinaires de ces premiers moulages comme la stèle funéraire du Dr Romain Bally au cimetière de Grenoble qui date de 1835 et dont la médaille, à la romaine, est le plus ancien élément de béton connu de la région.

Afin de conquérir son public et prouver la solidité du prompt, le cimentier Joseph Arnaud fit élever en 1850 une statue en béton de 7 m de haut et 3.5 tonnes par le sculpteur Victor Sappey, ressemblant à du granit poli comme du marbre, qu’il appela le Génie des Alpes (ouvre disparue) pour la disposer dans les jardins de la très fréquentée station thermale d’Uriage.

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